« Le Vétiver, c’est trop simple mais tellement efficace! »

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pepiniere naac baal

« Le Vétiver, c’est trop simple mais tellement efficace! »

Interview de Tony Cissé, directeur de la pépinière Naac Baal de Sébikotane au Sénégal.

 

1 – Pour quelle raison avez-vous créé la pépinière Vétiver Sénégal?

Ma principale source d'inspiration a été mon feu beau-père, Monsieur Abdourahmane Cissé. Il était très connu au Sénégal en tant que journaliste. Il était également très innovant, il avait des idées nouvelles. Par exemple, il s'était beaucoup intéressé au bambou et voyait dans cette plante des opportunités pour le développement du Sénégal. Comme je voulais développer un champ agricole, un jour il m'a demandé si j'avais déjà entendu parlé du Vétiver.

En effet, mon champ basé à Sébikotane – lieu actuel de la pépinière de vétiver Naac Baal – avait un sol avec beaucoup d'érosion et beaucoup de crevasses causées par l'écoulement des fortes pluies. J'ai donc voulu voir si le Vétiver pouvait améliorer mes problèmes. J'ai trouvé un petit vendeur de vétiver et on a fait le test.

Nous avons obtenu de très bons résultats en ce qui concerne l'érosion. Le vétiver parvient vraiment à rétablir le sol. Il capte et maintient la matière organique et fertilise ainsi le sol, malgré les ruissellements d'eau qui emportent tout pendant l'hivernage.

Ensuite je suis allé à Kolda pour collecter des éclats de vétiver et c'est de cette façon que j'ai démarré la pépinière. Je me suis dit que ça pouvait être un business. Par la suite, je suis allé à une rencontre du Réseau Vétiver International (The Vetiver Network International) en Inde.Là-bas j'ai été été très inspiré et c'est comme ça que j'ai rejoint le réseau.

 

2 – Aviez-vous au départ de l'expérience dans l'agronomie?

Non. A là base je suis un artiste et professeur d'art. Mais depuis l'enfance j'ai évolué dans un contexte rural. J'ai aussi des amis dans ce domaine.

En fait, je suis passionné par le développement économique. Ce qui m'a frappé avec le vétiver c'est qu'il s'agit d'un moyen démocratique, à la portée de tous, peu cher qui ne vient pas de l'occident et n'appartient à aucune multinationale. Il permet à n'importe qui d'augmenter ses capacités

 

3 – Aujourd'hui, le vétiver est-il connu des agriculteurs Sénégalais? Son utilisation est-elle répandue?

Le Système Vétiver a un grand problème dans la massification. C'est trop simple, mais tellement efficace.

Aujourd'hui le problème dans les pays en développement c'est que les gens souvent ne croient pas dans les solutions simples et traditionnelles. Ils préfèrent les solutions qui viennent de l'extérieur, ils préfèrent utiliser des produits chimiques. C'est cela qu'ils considèrent être la modernité. Si ce n'est pas ''moderne'', ils le rejettent. Dans le passé pourtant, les gens utilisaient le Vétiver pour séparer les champs, mais aujourd'hui cette pratique a disparu. Les technologies modernes impressionnent les gens, mais pas les  solutions anciennes, d'autant plus qu'ils n'y voient pas l'apport immédiat, le retour sur investissement est un  peu plus  long.

Le vétiver est également très utilisé, ailleurs dans le monde, dans la protection des infrastructures mais, là encore, les gens ont du mal à croire en quelque chose d'aussi simple.

Le vétiver ne demande pas beaucoup de moyens et ne représente donc pas une source de profits dans un  système capitalistique. Il ne draine pas d'énormes flux financiers dans lesquels des individus pourraient tirer un pourcentage personnel. Le poids de la corruption est trop lourd dans les pays en développement. C'est pour cette raison je pense que le Système Vétiver n'est pas déployé à grande échelle.

Par contre, l'huile essentielle de vétiver, que l'on extrait des racines du vétiver, a su susciter l'intérêt car elle coûte assez cher et peut s'avérer très rentable. Le problème c'est qu'elle ne représente que 0,2 à 0,3% du poids des racines. Dans un pays comme le Sénégal, il est difficile de cultiver d'énormes surfaces de vétiver car l'environnement est très sec. Des pays comme Haïti ou l'Inde ont de bien meilleures conditions pour produire cette huile de manière massive. Le vétiver est certes très résistant à la sécheresse car les racines sont très longues et remontent l'eau. Mais pour en produire en grande quantité il faut de grandes surfaces qui ne soient pas trop éloignées des nappes phréatiques. De mon point de vue, dans un pays comme le Sénégal, le vétiver doit être considéré comme une plante d'accompagnement.

D'ailleurs, Karim Wade, le fils de l'ancien président, avait une grande ferme de produits maraîchers. Cette ferme plantait de grandes haies de vétiver et cela avait été très efficace.

En ce qui nous concerne nous avions par exemple accompagné l'association d'un village pour planter les vétivers pour soutenir leurs cultures maraîchères. Le village avait aussi exploité le vétiver comme brise-vent, pour la paille, pour refaire les toitures et pour nourrir le bétail pendant les périodes sèches. Par la suite ils nous revendaient même des éclats de vétiver pour notre pépinière.

 

4 – Qui sont vos principaux clients ?

On a eu de gros clients pour la protection des infrastructures comme Jardins du Sahel et Sococim au Sénégal, mais aussi d'autres clients à l'étranger comme au Burkina Faso ou en Sierra Leone. Nous avons également eu un gros client dans l'agrobusiness au Sénégal pour protéger des canaux d'irrigation.

 

5 – Quel est le coût d'intégration du Vétiver pour un agriculteur?

Le Vétiver ne coûte pas cher mais il y a un coût, pas seulement en termes d'argent mais surtout en termes de temps. Il faut avoir le temps et l'espace pour le planter.

Les trois premiers mois, les éclats de vétiver ne sont pas encore bien implantés. Il faut bien les entretenir, les arroser, les protéger contre les animaux… Le paysan ne voit pas forcément le bénéfice de toute cette maintenance à court terme alors qu'il a d'autres priorités.

 

6 – Comment faire pour devenir membre de Réseau Vétiver International?

Il faut faire une demande auprès de l'organisation (www.vetiver.org). Il n'y a pas vraiment de critère. C'est avant tout une organisation de partage d'informations. Il y a beaucoup d'informations mais je trouve qu'elles ne sont pas suffisamment exploitées mondialement. Sur la captation du carbone par exemple. Il y a beaucoup d'études qui ont été réalisées et je pense que le vétiver pourrait même être plus efficaces que les arbres.

On parle beaucoup d'eau mais on ne parle pas tellement des sols alors que le vrai problème vient des sols érodés. Lorsque tous les bienfaits du sols disparaissent, on se retrouve avec du désert.

Racines_Vetiver   2011-07-27 18.46.56   artisanat_vetiver

 


1 Comment

Howtopedia.org

20 septembre 2020 at 8:11

Le vétiver, utilisé systématiquement et stratégiquement (le long des courbes de niveau, en bordure de rivière, en V dans les oueds…) est en mesure de contrer et même rendre l’érosion réversible, recharger les nappes phréatiques, protéger ou au moins amoindrir les inondations et protéger les cours d‘eau de la pollution. Il est bien étudié et en plus d‘améliorer les sols et les cultures il d’apporter des revenus supplémentaires si on utilise sa paille ou ses racines.

en particulier dans les pays où les pluies sont courtes et violentes et où les sols sont  très vulnérables à l’érosion et où l’eau est rare, le vétiver devrait être soutenu et employé massivement. C’est un don du ciel.

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