Gérer l’argent dans une startup : un franc est un franc!

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Gérer l’argent dans une startup : un franc est un franc!

Il existe de nombreuses façons de financer son activité : prêt, love money[1], ouverture du capital social aux business angels[2]/investisseurs, financement participatif[3], subventions, concours etc. Et pourtant, personne ne mettra de l’argent dans un projet sans avoir vu des chiffres certifiant sa rentabilité – données impossible à transmettre pour une jeune entreprise.

 

Les moyens de financement externes à oublier !

De manière générale, il ne vaut mieux pas demander de l’argent en phase d’amorçage  de l’activité. Cet apport financier influence la stratégie du business ainsi que les décisions financières futures. C’était le cas d’Ahmed, entrepreneur, qui a demandé à ses relations de lui faire un apport mensuel afin de financer le développement de sa plateforme web. Il a récolté et dépensé plus de 900 000 CFA (près de 1 400 euros) pour un site web qui n’est finalement pas opérationnel car le cœur d’activité de la startup n’avait pas été testé et a depuis été transformé. En sollicitant des fonds extérieurs, il a précipité la prise de décisions stratégiques plutôt que comprendre son marché et d’avancer pas à pas.

Pour tester une idée et la prototyper, mieux vaut alors commencer avec un capital limité, c’est-à-dire les économies des fondateurs, pour éviter de faire des erreurs qui coutent trop cher. Mais surtout, il faut être rapidement capable de s’autofinancer. Générer des revenus au lancement de l’entreprise n’est pas évident. Une solution est de diversifier les activités pour obtenir un revenu de base. Cet argent limite les dépenses superflues, couvre les frais fixes et permet de se sentir plus confiant pour gérer les imprévus. Par exemple, l’incubateur virtuel Concree propose deux jours de workshop par mois à de jeunes entrepreneurs. Cette activité leur permet de mettre en pratique leurs connaissances, booster leur réseau et surtout avoir un revenu régulier finançant les dépenses liées à la plateforme.

Bootstrapping : encore un mot anglais…. mais pourquoi faire ?

Si d’une part l’entrepreneur génère un peu d’argent, il faut de l’autre savoir le gérer pour optimiser la durée de vie des fonds de l’entreprise. Apres avoir dégagé les premiers revenus, chaque dépense doit être évaluée. Trouver des partenariats et échanger services/produits sont une solution pour limiter de nombreux frais. Par exemple, lorsque j’ai commencé à travailler en startup, nous avons échangé nos services contre un espace de travail. Pour reprendre le cas de Concree, l’incubateur virtuel a fait appel à la société de developers DevCorp. Ils ont décidé d’utiliser les compétences de DevCorp pour développer leur plateforme web et ont proposé aux developers une formation business en échange.  

Faire attention aux charges vaut également pour les petites dépenses comme le taxi, les déjeuners au restaurant etc. Cumulés, marcher ou prendre le bus tous les jours et se préparer son propre déjeuner permettra peut-être à l’entreprise de durer quelques mois de plus sur ses fonds propres. C’est la notion sous-jacente du « bootstrapping ». Cette expression signifie que l’entreprise peut fonctionner sans l’aide de fonds extérieurs donc sans d’endettement, ni ouverture de capital. Générer ses premiers revenus et maitriser ses dépenses demandent de l’organisation et certains outils. Créer un tableau Excel avec des colonnes charges/revenus permet déjà d’avoir une vision globale du résultat financier de l’entreprise et peut éviter certaines erreurs de gestion. 

Traction et originalité

Au lancement du projet, l’objectif pour l’entrepreneur est de tester sa capacité à toucher ses premiers clients, faire parler, et attirer de plus en plus d’utilisateurs en se débrouillant tout seul. L’investissement nécessaire est alors le temps, comme le souligne Pape Ousmane, fondateur de Fruitech, une entreprise de transformation de fruits locaux en jus et confitures. Il y a un plus de deux ans, Ousmane a commencé la transformation du Ditax avec 24,000 CFA (environ 40 euros) en poche pour vendre ses produits à la sortie de l’université. Son idée est maintenant testée et les hypothèses validées.  Aujourd’hui, Ousmane est entouré de quatre collaborateurs et se sent prêt à lever des fonds pour internaliser le processus de transformation de ses produits biologiques.

Avec Internet et une bonne dose d’imagination (après de nombreuses tasses de cafés Touba !), les entrepreneurs peuvent faire connaitre leur produit ou service assez rapidement. L’entreprise sociale Sénégalaise E-Cover, qui transforme les pneus en revêtement pour sol, a créé un buzz sur Facebook  en proposant à chaque individu de la communauté de se prendre en selfie à côté de pneus qu’ils rencontrent sur leur chemin. L’attention portée aux fans sur les réseaux sociaux et la facilité de l’action demandée ont rendu ce mouvement viral.

Un autre succès est celui de Yannick Nino Njopkou, fondateur de l’entreprise Camerounaise de petites annonces Kerawa. Il était de passage à Londres pour une conférence en 2014 et, au milieu des cravates/costumes, portait un T-shirt orange avec inscrit « This is Africa »… Les participants ont rapidement compris l’objet de sa présence et les personnes intéressées par le business en Afrique sont venues directement à lui.  Il existe de nombreux moyens de toucher de manière originale sa cible ! Pour plus d’informations, la newletter The Growth Bakery qui traite du « growth hacking » [4] pourra certainement inspirer certains entrepreneurs.

Manifestement, il est nécessaire d’avoir quelques économies pour entreprendre. Néanmoins, il n’est pas recommandé de poursuivre une activité professionnelle de salariés même à mi-temps ou de demander de l’argent à son entourage dans l’objectif d’avoir un capital de départ plus important. Il faut pouvoir se dédier à 100% à son projet pour le concrétiser. Alors comme Jeff Bezos, qui a fait déménager femme et enfants de Manhattan dans le fin fond de la banlieue de New York pour faire des économies,  maitrisons notre budget et ça paiera !

 

Sophie André

Article initialement publié sur le site partenaire L'Afrique des Idées (www.terangaweb.com)


[1] Love money, en francais « argent de l'amour », constitue un moyen de financer la création d'une entreprise. Il s'agit de capitaux apportés par les amis, la famille ou les proches pour aider un porteur de projet à lancer son entreprise et lui permettre de réaliser tous les investissements nécessaires pour démarrer et développer son projet. En contrepartie de ces apports, les amis, les proches et la famille qui apportent des capitaux deviennent associés de la société créée (journaldunet.com).

 

 

 

 

[2] Les Business Angels investissent quelques dizaines ou centaines de milliers d'euros, apportent leurs conseils et aident par leurs relations des entreprises en phase de démarrage (vernimmen.net).

 

 

 

 

[3] Financement participatif (“crowdfunding” en anglais) : mode de financement de projets par le public sous forme de dons avec ou sans contrepartie ; de prêts avec ou sans intérêt ; de souscriptions de titres.

 

 

 

 

[4] Le Growth Hacking est une technique de e-marketing permettant d'accélérer le développement d'une start-up par l'emploi de méthodes créatives, de pensées analytiques et de mise en place de systèmes de métriques sociales pour évaluer en continu la vente des produits et l'améliorer par la mise en œuvre de cycles rapides convergents (wikipedia.org).

 

 

 


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